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journaliste, homme de presse écrite, de radio et de télévision.

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Réduction des déficits, le calendrier est inepte

Que la croissance française ait été nulle au deuxième trimestre comme vient de l’indiquer l’INSEE, ou légèrement négative (-0,1%) comme le prévoyait il y a peu la Banque de France, le freinage de l’activité est là et bien là. Et la croissance zéro est bel et bien appelée à se poursuivre. Tandis que c’est bel et bien la récession qui s’inscrit en rouge pour l’ensemble de la Communauté européenne.

Prévisions à ajuster, milliards à trouver

Pour ce qui concerne notre pays, Pierre Moscovici, le ministre des Finances, ne peut bien sûr qu’en prendre acte et ajuster ses prévisions à la baisse (ce serait donc 0,3% de progression pour l’année) tandis que son voisin de bureau, Jérôme Cahuzac, le ministre du Budget, ne peut que revoir sa copie budgétaire et chercher à récupérer quelques milliards de plus . Et le nombre de chômeurs de grimper et de plans sociaux de s’accumuler.

Et tout cela pour satisfaire à un calendrier auquel, par un souci de vertu louable autant qu’électoraliste, le candidat Hollande s’était rallié  : 4,5% de déficit en 2012 et 3% en 2013. Un calendrier déjà assez rude souscrit à l’origine auprès des instances européennes par l’équipe Sarkozy-Fillon dans un contexte de croissance plus soutenue.

Question du jour  : un calendrier est-il un impératif catégorique ou pourrait-il se transformer en variable d’ajustement  ? L’alternative formulée à la façon d’un sujet de philo du baccalauréat devrait en toute logique hanter les nuits, non seulement du Président français mais aussi de tous les autres dirigeants européens, Angela Merkel, Mario Monti et consort. On peut imaginer sans mal qu’à l’occasion de son anniversaire, dimanche dernier –happy birthday Mister President  ! - François Hollande a consacré quelques minutes au moins à réfléchir à ce temps qui passe et qui n’arrange rien.

Perclus de multiples défauts

Réponse du jour  : ce calendrier est un carcan aussi absurde pour ceux qui se sont engagés à le respecter, que pour ceux qui ont reçu cet engagement. Absurde, arbitraire, dogmatique, décalé, paradoxal, inepte… quel que soit le qualificatif retenu, ce calendrier est perclus de multiples défauts  :

  • il ne repose sur aucune réalité objective. Pourquoi revenir à 3% de déficit en 2013 et pas en 2015. Les Etats-Unis ou le Japon, tout en proclamant chacun de leur côté leur volonté de réduire leurs déficits assez béants, ne prennent pas le risque de fixer d’échéances précises. Or les Européens, accompagnés par un FMI qui n’en demandait sans doute pas tant, ont pris des engagements datés et les ont claironnés dans toutes les salles de marché.
  • il a fort peu de chance d’être respecté. La Grèce ou l’Espagne en ont apporté au fil des mois les flagrantes démonstrations en obtenant –plusieurs fois déjà pour la Grèce- le report à des jours meilleurs de leurs obligations de réduction de déficit.
  • précisément à coup de reports de l’échéance de celui-ci ou de celui-là, les marchés, autrement dit les détenteurs de capitaux, ne croient plus vraiment aux promesses et, pour se garantir contre de nouveaux reports, contractent donc des assurances par ailleurs fort rémunératrices sur un marché secondaire, celui dit des CDS (pour Credit default swap).
  • surtout, chaque pays se trouve ainsi délibérément inscrit dans la boucle vicieuse maintes fois décrite, à savoir que la réduction du déficit à marche forcée entraîne un ralentissement de l’activité, qui lui-même produit une raréfaction de la ressource fiscale, laquelle empêche précisément la réduction du déficit. L’Allemagne n’échappe pas à cette cybernétique puisque le ralentissement économique de ses clients européens produit un effet récessionniste interne. A preuve le petit 0,3% qu’elle enregistre pour ce deuxième trimestre
  • les petits coups de pouce européens en faveur de la croissance obtenus au forceps par François Hollande ne feront pas sentir leurs effets –limités- avant plusieurs mois et fort progressivement.

La problématique est mondiale

Ainsi les mâchoires du piège sont-elles en train de se refermer, non seulement sur la nouvelle équipe au pouvoir en France, mais aussi sur l’ensemble de la zone euro (bientôt à cours de ressources pour colmater les brèches grecques, espagnoles, italiennes, portugaises, irlandaises….) et enfin sur l’économie mondiale, à preuve les clignotants passés au rouge sur le tableau de bord chinois.

Aussi ne s’agit-il pas d’une problématique française, ni simplement européenne. Les sommets internationaux récents et en premier lieu le G20, ont montré que la zone euro était bel et bien devenue le maillon faible de l’économie mondiale. Et tout cela pourquoi  ? parce qu’entraînée par l’idéologie allemande (disons plutôt les convictions économiques ultra-libérales de la droite allemande, confortées par le sarkozisme finissant), l’Europe s’est engagée sur la voie sans issue du retour forcené et aveugle vers l’équilibre de ses finances publiques. Une rivière sans retour qui laissera des millions de pauvres et de chômeurs sur ses rives.

Retrouver la boussole perdue de Keynes

Il est temps, plus que temps, en France comme alentours, de changer de paradigme et de réviser ce calendrier dépourvu désormais de toute crédibilité, y compris aux yeux des investisseurs. Et puisque les Européens ont perdu le nord, qu’ils retrouvent vite la boussole perdue de John Maynard Keynes pour qui, en période de stagnation, la dépense publique, même financée par le déficit, doit être un des moteurs de l’activité économique, la croissance alors retrouvée amorçant alors les retours à l’équilibre.

O temps suspend ton vol…

 

Sylvain Gouz

(16/08/2012)

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Sylvain GOUZ a créé et anime MEDIΔGOUZ, la structure qui abrite ses activités de journalisme et de conseil media...

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